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BELGIQUE: La décision du tribunal de Gand contre les témoins de Jéhovah est dangereuse pour l’Eglise catholique

Willy Fautré, directeur de Human Rights Without Frontiers

 

HRWF (17.03.2021) – Les prêtres catholiques en Belgique et dans tous les autres pays ne sont pas autorisés à bénir des couples de même sexe et risquent d’être poursuivis pour discrimination à l’égard d’homosexuels, suite à un jugement rendu hier par le tribunal correctionnel de Gand contre les témoins de Jéhovah.

 

Le 16 mars, le tribunal de 1e instance de Gand a condamné la Congrégation Chrétienne des Témoins de Jéhovah (CCTJ) à une amende de 12 000 EUR au motif que leur doctrine sur la distanciation sociale de leurs membres à l’égard des exclus et autres ex-membres constitue une forme de discrimination et d’incitation à la haine.

 

L’Eglise catholique et l’interdiction de bénir des couples homosexuels

 

Ces derniers jours, dans un message approuvé par le Pape François, l’Eglise catholique romaine a annoncé qu’elle ne peut bénir des unions homosexuelles quelque stables ou positives que puissent être les relations de ces couples. Cette déclaration est venue en réponse à des questions récentes, à savoir si l’Eglise ne devait pas refléter l’acceptation sociale croissante et notamment la légalisation des unions de même sexe.

 

La question était “L’Eglise a-t-elle le pouvoir de bénir des unions de personnes de même sexe?” et la réponse a été “Négative”. Le Vatican a ajouté que le mariage devrait être limité à une union entre un homme et une femme et que le mariage homosexuel ne fait pas partie du plan de Dieu pour la famille et l’éducation des enfants.

 

Expliquant cette décision dans une longue note, le Saint Siège a considéré les unions de même sexe comme un “choix” et les a qualifiés de péché.

 

“La bénédiction d’unions homosexuelles ne peut être considérée comme licite,” a déclaré la Congrégation de la Doctrine de la Foi dans un document officiel.

 

Dieu “ne bénit pas et ne peut pas bénir le péché,” ajoutait cette déclaration.

 

Cette doctrine affirmée et mise en pratique avec fermeté est fondée par l’Eglise catholique romaine sur son interprétation de la Bible.

 

Le prêtres catholiques en Belgique et dans tous les autres pays ne sont donc pas autorisés à bénir des couples de même sexe et risquent d’être poursuivis pour discrimination à l’égard des homosexuels et incitation à la haine.

 

L’affaire des témoins de Jéhovah

Le 16 février, un procès contre la Congrégation Chrétienne des Témoins de Jéhovah (CCTJ) s’est ouvert au tribunal correctionnel de Gand (Flandre orientale) sur base d’allégations de discrimination et d’incitation à la haine, en particulier en raison de leur politique de rejet des personnes excommuniées ou décidant de sortir de la communauté.

 

Un ancien témoin de Jéhovah qui avait choisi de quitter le mouvement en 2011 a porté plainte au pénal contre la CCTJen 2015 et s’est assuré du soutien d’une douzaine d’autres anciens témoins de Jéhovah.

 

D’après les habitudes religieuses internes des témoins de Jéhovah, quand les anciens d’une congrégation locale excluent un membre ou bien sont informés d’un départ volontaire, ils font une brève annonce publique neutre disant: “[Nom de la personne] n’est plus témoin de Jéhovah”.

 

Dans leurs conclusions déposées au tribunal avant le procès, ils disaient qu’ils ne font pas de ségrégation à l’égard desmembres exclus ou démissionnaires puisqu’ils peuvent toujours participer à leurs services religieux. Ils indiquaient également que les témoins de Jéhovah baptisés qui ne sont plus actifs avec leurs coreligionnaires ne sont pas rejetés.

 

En guise de clarification des relations entre les témoins de Jéhovah et les membres de leurs familles exclus oudémissionnaires, ils déclarent: ”Dans l’entourage immédiat, bien que les ‘liens religieux’ que les exclus et les démissionnaires avaient avec leur famille changent, … les liens du sang perdurent.” En d’autres termes, ils continuent de mener une vie de famille normale et de se témoigner de l’affection.

Par ailleurs, la CCTJ avait déposé au tribunal des déclarations de neuf personnes exclues qui ont depuis lors été réintégrées par les témoins de Jéhovah. Elles expliquent comment elles ont été bien traitées par les anciens de la congrégation, leurs familles et d’autres membres de la communauté après avoir été excommuniées.

 

La doctrine de distanciation sociale affirmée et appliquée par les témoins de Jéhovah en Belgique et dans tous les autres pays a été établie par leur Collège central aux Etats-Unis sur base de leur interprétation de la Bible.

 

La CCTJ considère qu’elle n’est pas légalement responsable des relations intra-familiales entre ses membres et d’anciens membres vu qu’il s’agit de choix personnels.

 

Conclusion

 

Va-t-on vers une mise au banc des accusés de la Bible, de l’interprétation et de l’application de ses doctrines par leurs dirigeants et organes religieux suprêmes au nom d’interprétations et d’application des droits de l’homme par des pouvoirs judiciaires nationaux? Si oui, ce serait alors une boîte de pandore qui affecterait d’autres religions et d’autres écritures saintes.

Photo: Tribunal de Gand





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BELGIQUE: Les témoins de Jéhovah et les abus sexuels (Contre-enquête)

L’ancien ministre de la Justice Koen Geens mal informé

HRWF (12.03.2021) – Lors d’une conférence en ligne sur les « Limitations de la liberté religieuse en Europe » organisée du 4 au 6 mars par deux universités européennes [1], le panéliste belge représentant Human Rights Without Frontiers (HRWF) a déclaré que l’ancien ministre de la Justice Koen Geens avait été mal informé au sujet du rapport du CIAOSN à propos des abus sexuels et des Témoins de Jéhovah.

 

Le 30 novembre 2018, le CIAOSN a clôturé un rapport de 28 pages [2] sur la gestion des abus sexuels sur des mineurs au sein de l’organisation des Témoins de Jéhovah et l’a transmis au Parlement fédéral avec la recommandation de créer une commission d’enquête parlementaire sur cette question.

 

Dans son rapport [3], le CIAOSN a justifié le bien-fondé de sa décision comme suit :

 

« En juin 2018, le CIAOSN a reçu une notification selon laquelle trois des 286 témoignages reçus par la Fondation ” Reclaimed Voices ” aux Pays-Bas concernent des faits qui auraient eu lieu en Belgique. A partir de juin 2018, le CIAOSN a reçu plusieurs témoignages directs et indirects de personnes affirmant avoir subi des violences sexuelles au sein de l’organisation des Témoins de Jéhovah en Belgique lorsqu’elles étaient enfants. Ces témoignages suggèrent que la gestion des abus sexuels en Belgique est similaire à celle d’autres pays. »

 

Un membre du conseil d’administration de Human Rights Without Frontiers (HRWF) parlant le néerlandais a contacté Reclaimed Voices aux Pays-Bas pour vérifier la crédibilité de ces informations et obtenir plus de détails sur les trois cas présumés d’abus sexuels en Belgique.

 

Dans sa réponse, le responsable de Reclaimed Voices aux Pays-Bas a démenti une telle information rendue publique en Belgique, déclarant dans une correspondance privée datée du 10 février 2021 :

 

« Les informations contenues dans le rapport du CIAOSN ne sont pas correctes. Le 29 mars 2019, nous avons envoyé un courriel à Mme Kerstine Vanderput au sujet de cette inexactitude. À ce moment-là, il a été porté à notre connaissance que Koen Geens, ministre de la Justice (CD&V), avait déclaré sur Radio 1 en Belgique : ‘C’est le CIAOSN lui-même qui s’est rendu aux Pays-Bas pour trouver ces informations et qui a déclaré que parmi les 286 plaintes néerlandaises, il y avait trois plaintes belges’. Des propos similaires ont été tenus à la télévision dans l’émission ‘Van Gils & Guests’. Dans les médias néerlandais, nous avons seulement témoigné de la situation aux Pays-Bas. Les chiffres qui ont été mentionnés sont uniquement des victimes présumées d’abus aux Pays-Bas [4]. »

 

De plus, Aswin Suierveld, membre fondateur de l’association néerlandaise, a déclaré dans une interview datée du 30 août 2020 et disponible sur YouTube [5] qu’en fait ce n’était pas environ 300 plaintes mais seulement 70 à 90 témoignages, bien qu’elle ne les ait pas vraiment comptés. Les 200 restantes émanaient de personnes qui avaient entendu parler d’une histoire qui s’était produite dans leur congrégation, dans leur famille ou parmi leurs proches.

 

Le deuxième argument avancé par le CIAOSN pour justifier la création d’une commission d’enquête parlementaire est qu’il a reçu d’autres témoignages « directs ou indirects ».

 

Aucun détail supplémentaire n’est disponible dans leur rapport, tel que le nombre de témoignages « directs et indirects » reçus par le CIAOSN, le traitement méthodologique et statistique des données, le type de sources (témoignages de première ou de seconde main), la nature des abus sexuels, le contexte des faits allégués (abus dans les familles ou dans un cadre institutionnel), la période de temps des infractions présumées (les cinq ans, les dix ans, les vingt dernières années ou plus).

 

Les membres du Parlement fédéral devraient être mis au courant de ces détails avant de prendre une décision et l’opinion publique se doit également d’être informée en toute transparence.

 

Notes

 

[1] Sigmund Neumann Institute for the Research on Freedom, Liberty and Democracy (Allemagne) en coopération avec le Center for Regional and Borderlands Studies/Institut de sociologie de l’Université de Wrocław (Pologne).

 

[2] Titre Officiel : “Signalement sur le traitement des abus sexuels sur mineurs au sein de l’organisation des témoins de Jehovah” du 30 novembre 2018. A la fin du mois de février, le rapport n’était toujours pas disponible sur le site Internet du CIAOSN. HRWF l’a obtenu d’un autre chercheur travaillant sur cette question. Selon le Parlement fédéral belge, il s’agit d’un rapport intermédiaire. (voir https://www.ciaosn.be/54K3713001.pdf).

 

3] Ce rapport se compose de quatre parties :

Partie 1 : L’organisation des Témoins de Jéhovah (pp 1-4)

Partie 2 : Etat des lieux dans 13 pays sur les initiatives dénonçant les procédures internes des Témoins de Jéhovah dans les cas d’abus sexuels sur mineurs (pp 6-10)

Partie 3 : Etat des lieux en Belgique (pp 12-14)

Partie 4 : Conclusions (pp 15-17)

Annexes (pp 18-28)

 

La partie consacrée à la Belgique ne comporte que deux pages de brèves descriptions de sept cas ou rapports présumés, publiés dans les médias belges en 20 ans, entre 1996 et 2017.

 

[4] Extrait du mail de “Reclaimed Voices”: “De informatie in het rapport van het IACSSO is incorrect. Wij hebben op 29 maart 2019 mevrouw Kerstine VanderPutte over deze onjuistheid gemaild. Het viel ons destijds op dat Koen Geerts, minister van Justitie (CD&V) daags ervoor in België bij radio 1 het volgende meldde: ‘Het is het IACSSO zelf die in Nederland informatie is gaan halen en heeft vastgesteld dat van die 286 Nederlandse klachten er drie Belgische waren’. Iets soortgelijks werd op tv gezegd, bij Van Gils & gasten. Wij hebben in de Nederlandse media steeds alleen gecommuniceerd over de Nederlandse situatie. Aantallen die genoemd zijn betreffen alleen (vermeende) slachtoffers van misbruik in Nederland.”

 

HRWF note: Kerstine Vanderput est la Directrice du CIAOSN. Van Gils & Gasten est un programme de la télévision flamande.

 

[5] See https://www.youtube.com/watch?v=7ayJU4BtcC4

 

Traduction du communiqué de presse d’origine publié en anglais : CAPLC





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BELGIQUE: Plainte au pénal contre les Témoins de Jéhovah: la Bible au banc des accusés?

Un tribunal à Gand est amené à examiner au pénal comment les témoins de Jéhovah traitent certains de leurs membres. Ils soutiennent qu’ils ne font que suivre les Ecritures.

 

Willy Fautré, directeur de Human Rights Without Frontiers

 

HRWF (27.02.2021) – Le 16 février, un procès contre la Congrégation Chrétienne des Témoins de Jéhovah (CCTJ) s’est ouvert au tribunal correctionnel de Gand (Flandre orientale) sur base d’allégations de discrimination et d’incitation à la haine, en particulier en raison de leur politique de rejet des personnes excommuniées ou décidant de sortir de la communauté.

 

Un ancien témoin de Jéhovah qui avait choisi de quitter le mouvement en 2011 a porté plainte au pénal contre la CCTJ en 2015 et s’est assuré du soutien d’une douzaine d’autres anciens témoins de Jéhovah. Les plaignants ont été défendus par quatre avocats lors de l’audience du tribunal de première instance. Pendant deux heures et demie, ils ont exposé leurs arguments et leurs clients ont fait état d’allégations d’ostracisme familial. Leurs doléances ont bénéficié de l’appui de UNIA, une institution publique interfédérale indépendante financée par de l’argent public qui lutte conte la discrimination et le racisme et fait la promotion de l’égalité des chances.

La CCTJ était défendue par deux avocats qui ont plaidé pendant environ une heure et demie. Ils ont attiré l’attention du juge sur le fait que les plaignants demandaient en fait de condamner la Bible puisque c’est le fondement des croyances religieuses et des pratiques adoptées par les témoins de Jéhovah. Ce serait une première depuis le 16e siècle si un tribunal en Europe occidentale condamnait la Bible au pénal, ont-ils déclaré.

Une demi-douzaine de journalistes étaient présents pour couvrir ce procès inhabituel.

Qui sont les plaignants?

Le plaignant principal n’a pas été exclu des témoins de Jéhovah mais il en est parti de son propre chef. Son épouse et ses enfants n’ont pas été exclus et n’en sont pas partis bien qu’ils se soient joints aux plaignants.

 

Seuls deux anciens témoins de Jéhovah étaient des exclus, l’un d’eux s’étant porté partie civile le jour même du procès.

 

Six avaient librement décidé de renoncer à leur foi.

Cinq n’avaient ni quitté le mouvement ni n’en avaient été exclus. Ils sont toujours considérés comme des membres des témoins de Jéhovah, bien qu’ils soient inactifs.

Les déclarations des plaignants

Dans des déclarations reposant davantage sur l’émotionnel que sur des faits, les plaignants ont avancé diverses allégations concernant des actions inhumaines d’ostracisme de la part de membres de leurs familles qui sont encore témoins de Jéhovah.

Toutefois, dans un certain nombre de cas, les affirmations des plaignants concernant le comportement moral soi-disant discutable de membres de leurs familles ont été contredites par des déclarations écrites et signées par ces derniers.

Par exemple, le beau-frère du plaignant principal a dit:

Mon beau-frère (…) a décidé à un certain moment de sa vie de quitter les témoins de Jéhovah. J’ai respecté ceci et je n’ai jamais eu aucun sentiment de haine à son égard. Les contacts que nous avons l’un avec l’autre sont tenus au minimum; ceci est ma décision personnelle, laquelle se fonde sur la façon dont il me traite ainsi que ma famille et mes coreligionnaires (…). Parfois, je rencontre son épouse (et ma belle-soeur) et leurs enfants quand je rends visite à mes beaux-parents. Bien que ces contacts ne soient pas aussi chaleureux qu’auparavant, ils se déroulent toujours dans une atmosphère amicale. Mon épouse a aussi des contacts avec sa soeur et ses enfants. Ces interactions ont habituellement lieu chez leurs parents et sont toujours cordiales.

Les plaignants se sont également fondés sur les déclarations de huit personnes ayant avancé diverses allégations sur la façon dont leurs amis et des membres de leurs familles qui sont témoins de Jéhovah les ont prétendument injustement traités. Toutefois, aussi bizarre que cela puisse paraître, aucune de ces huit personnes n’a été exclue ni n’a choisi de quitter le mouvement, ce qui rend leurs témoignages non pertinents.

Par ailleurs, la CCTJ a déposé au tribunal les déclarations de neuf personnes exclues qui ont depuis lors été réintégrées par les témoins de Jéhovah. Ces témoignages jettent une lumière bien différente sur cette affaire. Elles expliquent comment elles ont été bien traitées par les anciens de la congrégation, leurs familles et d’autres membres de la communauté après avoir été excommuniées. Voici quelques extraits de déclarations déposées au tribunal par deux d’entre elles dont les noms ont été changés par l’auteur:

Ivona:

“J’ai été excommuniée comme témoin de Jéhovah quand j’avais 37 ans pour un genre de vie que je savais être contraire aux normes de la Bible. J’ai accepté cette décision des anciens de m’excommunier, sachant qu’elle était basée sur la Bible. Les anciens que j’ai rencontrés m’ont dit avec amour que mon exclusion n’avait rien de permanent, que je pouvais toujours revenir et que cela pourrait se faire rapidement. Malheureusement, j’ai fait d’autres mauvais choix dans la vie et je me suis de plus en plus éloignée (…). Bien que j’aie été excommuniée, j’ai parfois assisté à des services religieux des témoins de Jéhovah dans leur lieu de culte  qu’on appelle Salle du Royaume. Les anciens m’ont fait sentir chez moi à ces services religieux, et m’ont donné de la littérature religieuse pour que je puisse suivre les discussions pendant ces services (…). Il y a environ trois ans, en 2017, je suis entrée en contact avec une amie chère qui est témoin de Jéhovah. Je lui ai dit que je souhaitais réintégrer la congrégation. (…)”

Liliane:

“Les témoins de Jéhovah ont-ils été durs et irrespectueux avec moi? Jamais. Moi-même, je n’ai jamais été hostile et irrespectueux avec eux. Ma mère, qui est témoin de Jéhovah, m’a-t-elle aidée quand je suis tombée malade? Oui. Est-ce que je pouvais continuer à voir mes petits-enfants. Oui. Est-ce que je pouvais assister aux services religieux de la congrégation si je le souhaitais? Oui. Est-ce qu’ils continuaient à m’aimer? Oui. Tout le monde s’occupait de moi. Est-ce que ma famille et mes amis étaient d’accord avec ce que Dieu attendait d’eux, ce qui impliquait des contacts limités avec moi? Oui, avec difficulté et tristesse mais dans la fidélité à Dieu. Pas parce qu’ils étaient forcés par une organisation.”

 

Les cas soulevés au tribunal de Gand sont clairement et exclusivement des affaires de famille. Il serait réducteur de ramener l’explication de relations familiales perturbées à des croyances religieuses ou des politiques officielles des témoins de Jéhovah. Il y a tant de facteurs différents qui expliquent les points de vue et les valeurs des uns et des autres à l’intérieur d’une famille tels que de nombreux protagonistes en ont fait l’expérience dans leur propre situation.

 

La CCTJ considère qu’elle n’est pas légalement responsable des relations intra-familiales entre ses membres et d’anciens membres vu qu’il s’agit de décisions personnelles.

Toutes les religions organisées ont des procédures d’exclusion et d’excommunication dans leurs statuts et les témoins de Jéhovah ne font pas exception. Comme ils l’indiquent sur leur site internet, “si un Témoin prend l’habitude d’enfreindre les lois morales de la Bible et qu’il ne se repente pas, il sera excommunié.” Pour eux, il s’agit d’une croyance religieuse fondamentale imposée par la Bible. A ce sujet, ils citent souvent certains versets du Nouveau Testament, tels que 1 Corinthiens 5:6, 11-13 et 2 Jean 1, 9-11.

 

D’après les habitudes religieuses internes des témoins de Jéhovah, quand les anciens d’une congrégation locale excluent un membre ou sont informés d’un départ volontaire, ils font une brève annonce publique neutre disant: ” “[Nom de la personne] n’est plus témoin de Jéhovah”.

Dans leur conclusions déposées au tribunal avant le procès, ils disent qu’ils ne font pas de ségrégation à l’égard des membres exclus ou démissionnaires puisqu’ils peuvent toujours participer à leurs services religieux. Ils indiquent également que les témoins de Jéhovah baptisés qui ne sont plus actifs avec leurs coreligionnaires ne sont pas rejetés.

 

En guise de clarification des relations entre les témoins de Jéhovah et les membres de leurs familles exclus ou démissionnaires, ils déclarent: ”Dans l’entourage immédiat, bien que les ‘liens religieux’ que les exclus et les démissionnaires avaient avec leur famille changent, … les liens du sang perdurent.” En d’autres termes, ils continuent de mener une vie de famille normale et de se témoigner de l’affection.

En réalité, toute cette affaire à Gand est une tentative d’obliger les témoins de Jéhovah à changer leurs pratiques religieuses ancrées dans la Bible.

 

A ce sujet, un certain nombre d’experts en matière religieuse ont examiné la politique d’excommunication et de rejet telle que pratiquée par les témoins de Jéhovah. L’un d’eux, le Dr. Massimo Introvigne, fondateur et directeur exécutif du Centre pour les Etudes des Nouveaux Mouvements Religieux (CESNUR), a écrit: “En défendant les droits de leurs comités de discipline religieuse à se prémunir de toute ingérence de l’état quand ils décident de l’excommunication d’un membre ou d’autre chose, et leur droit à interpréter la Bible dans le sens où elle ordonnerait le rejet de ceux qui avaient été excommuniés, les témoins de Jéhovah défendent une fois de plus la liberté religieuse de tous, précisément dans un domaine où elle est actuellement particulièrement assiégée.” .”—The Journal of CESNUR, Vol. 5, No. 1, January–February 2021, pp. 54-81.

 

Verdict le 16 mars

Le tribunal va annoncer son verdict le 16 mars. Il serait difficile de comprendre que la CCTJ puisse être tenue responsable de discrimination et d’incitation à la haine dans des cas de détérioration de relations intra-familiales, suite à une procédure d’excommunication ou de démission dans une congrégation locale, vu qu’il n’y a pas de politique d’ostracisme à l’égard d’anciens membres. Toutefois, si le tribunal de première instance devait rendre un tel verdict, il ferait très certainement l’objet d’un appel et cela pourrait même aller jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme. Ceci aurait également des répercussions sur d’autres communautés religieuses où la conversion, l’apostasie et l’exclusion sont suivies d’ostracisme familial et social, ou pire.

(*) Article initialement publié par Bitter Winter le 26 février 2021 sous le titre “The Belgian Case Against Jehovah’s Witnesses: The Bible In The Dock?” Voir https://bit.ly/2PbKHrf

Photo : Le Palais de Justice, où siège les tribunaux de Gand. Source : Administration Belge des Bâtiments Publics


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