SUDAN: Après la défaite des Forces armées soudanaises (FAS) à El-Fasher, la paix se rapproche-t-elle ?
Willy Fautré
HRWF 520.11.2025) – Ce week-end, les Forces de soutien rapide (FSR), qui font partie de l’Alliance Tasis du Soudan, ont pris le contrôle d’El-Fasher. Cette défaite des Forces armées soudanaises (FAS) signifie que l’ensemble de la région du Darfour est désormais sous le contrôle des FSR, qui se dotent ainsi d’un levier stratégique dans les négociations. Ces nouveaux événements rapprochent-ils le Soudan de la paix, étant donné le refus obstiné des FAS à négocier ?
La prise d’El-Fasher confirme la domination des FSR sur les cinq États du Darfour, détruit le dernier bastion militaire des FAS dans la région et ouvre des couloirs logistiques directs qui serviront de routes de ravitaillement pour les FSR. Selon l’International Crisis Group (ICG), la prise de contrôle d’El-Fasher confère aux FSR une domination incontestée sur le Darfour. Elle lui assure également un couloir logistique vers la Libye pour l’approvisionnement en armes et en carburant et lui permet de redéployer ses forces sur les principales lignes de front, tout en lui donnant plus de poids dans d’éventuelles négociations de paix. Le conflit comporte également une dimension personnelle : Le chef des FSR, Mohammed Hamdan Dagalo (alias « Hemedti »), est originaire du Darfour du Nord, tout comme Minni Minnawi et Gibril Ibrahim, les principaux alliés du général Abdel Fattah Al-Bourhane, chef des FAS. Gibril Ibrahim fait l’objet de sanctions américaines en raison de ses liens avec les islamistes et avec l’Iran.
Il ne fait aucun doute que la victoire des FSR à El-Fasher lui permettra de peser davantage sur les futurs pourparlers de paix. Les FAS ont subi un grave revers stratégique et doivent maintenant réévaluer leurs priorités défensives dans d’autres régions du Soudan. La situation globale est comparable de par son importance aux événements du printemps 2025, lorsque les FAS, qui venaient tout juste de s’emparer de Khartoum, semblaient voir la fortune leur sourire. La défaite des FAS à El-Fasher pourrait-elle les disposer à envisager la paix ?
Les antécédents des FAS montrent qu’elles sont peu enclines à participer à des pourparlers de paix. Deux initiatives en faveur de la paix ont été organisées en Suisse, l’une en août 2024 et l’autre en août 2025, mais les FAS n’ont même pas participé à la première rencontre de 2024. En 2025, Al-Bourhane avait certes rencontré l’émissaire américain Massad Boulos, mais presque immédiatement après cette rencontre, Al-Bourhane avait juré de combattre pour « la dignité », de vaincre la « rébellion » et d’éviter tout accord de paix, quel que soit le prix à payer. En un mot, les FAS ne semblent motivées que par une victoire militaire incontestable et dédaignent tout compromis.
Il reste à voir si leur défaite à El-Fasher convaincra les membres des FAS de venir s’asseoir à la table des négociations, car la victoire écrasante qu’ils désirent n’a guère de chances de se réaliser. Un autre facteur à prendre en compte est que l’Iran découragera probablement les FAS de s’engager sur la voie de la paix. Comme l’a rapporté Le Monde début octobre, un largage de l’armée soudanaise destiné à réapprovisionner ses troupes assiégées à El-Fasher est accidentellement tombé entre les mains des FSR. Les drones et les obus de mortier saisis provenaient d’Iran et d’autres puissances étrangères. Ces armes iraniennes n’étaient en aucun cas une nouveauté. Bloomberg a ainsi révélé l’an dernier que les FAS détenaient une telle quantité d’armes en provenance d’Iran qu’elles avaient dû construire un nouveau hangar à l’aéroport de Port-Soudan pour pouvoir toutes les entreposer. En juin 2024, la BBC avait signalé la présence de drones iraniens sur un site militaire proche de Khartoum, précisant que l’Iran avait envoyé des drones Ababil-3 et Mohajer-6. L’Iran a depuis longtemps l’ambition de s’implanter sur la mer Rouge. Cet objectif a pris de l’ampleur depuis que les partenaires de l’Iran dans la région – le Hezbollah, le Hamas et les Houthis – ont vu leur puissance s’affaiblir au cours de ces dernières années. L’importance de la mer Rouge, tant sur le plan de la sécurité internationale que par l’atout économique qu’elle représente en tant que passage maritime, explique le désir de l’Iran de disposer d’une base navale au Soudan.
L’entêtement des FAS à refuser la paix apparaît clairement lors des pourparlers qui ont lieu cette semaine à Washington DC. Cette rencontre semble confirmer les conclusions de la réunion du Caire, au cours de laquelle les FAS avaient mentionné un « cantonnement » des soldats des FSR. Le terme sous-entend un confinement dans des camps, condition qui rend inacceptable tout accord pour les FSR avant même le début des discussions.
Le bilan humanitaire d’El-Fasher, et plus généralement au Soudan, est effroyable. Certains médias espèrent en toute logique que cette récente défaite amènera les FAS à entamer de véritables négociations et à faire pencher la balance en faveur de la paix. Malheureusement, rien, au cours des deux années écoulées, n’indique que les FAS et leurs alliés, tant les islamistes présents dans le pays que ceux agissant en Iran, ne laisseront de chances réelles à une fin du conflit.
(*) Willy Fautré est le fondateur de Human Rights Without Frontiers (Belgique). Ancien chargé de mission au Cabinet du Ministre de l’éducation nationale former chargé de mission et du parlement belge, il est le directeur de Human Rights Without Frontiers, une ONG basée à Bruxelles qu’il a fondée à Bruxelles en 2001 dans la foulée de la création de Droits de l’homme sans frontières/ Belgique en 1987. Il est également de co-fondateur du Raoul Wallenberg Committee en Belgique.
SUDAN: As the SAF is defeated in El-Fasher, is peace closer?
By Willy Fautré (*)
HRWF (19.11.2025) – This weekend, the Rapid Support Forces (RSF), part of Sudan’s Tasis Alliance, took control of El-Fasher. This defeat for the Sudanese Armed Forces (SAF) means that the entire Darfur region is now under RSF control, giving the RSF strategic leverage in negotiations. Do these developments bring Sudan any closer to peace, given the consistent unwillingness of the SAF to negotiate?
Capturing El-Fasher consolidates RSF dominance across all five Darfur states, severs the last military foothold of the SAF in the region, and opens up direct logistical corridors for RSF supply routes. The International Crisis Group explains that control of El Fasher gives the RSF undisputed dominance over Darfur. It also further secures a logistical corridor to Libya for arms and fuel, and allows the redeployment of RSF forces to the main front lines, while also giving the group more leverage in any peace negotiations. The battle also has a personal dimension: RSF leader Mohammed Hamdan Dagalo (‘Hemedti’) is from from North Darfur, as are SAF chief General Abdel Fattah al-Burhan’s key Darfuri allies Minni Minnawi and Gibril Ibrahim. Gibril Ibrahim is under US sanctions because of his links to Islamists and Iran.
There can be no doubt that the RSF win in El-Fasher gives them greater leverage in any future peace talks. The SAF have suffered a severe strategic setback, now needing to reevaluate their defensive priorities elsewhere around Sudan. The overall situation is similar in significance to Spring 2025, when the SAF had just captured Khartoum and appeared to have positive momentum. Could this development in El-Fasher make the SAF more open to peace?
The SAF does not have a good history of participating in peace talks. Two summer peace initiatives in Switzerland, one in August 2024, and a second in August 2025, resulted in the SAF not even attending in 2024. In 2025, Burhan did meet with U.S. envoy Massad Boulos, but almost immediately after the meeting, Burhan pledged to fight for “dignity,” defeat the “rebellion,” and shun any peace deal, whatever the cost. In short, the SAF seem committed only to an outright military victory and are uninterested in compromise.
It remains to be seen whether their loss in El-Fasher convinces the SAF that they need to come to the negotiating table because the outright victory they crave is not realistic. There is also the fact that Iran will likely discourage the SAF from pursuing peace. As reported in Le Monde, in early October, an airdrop by the Sudanese army intended to resupply its besieged troops in El-Fasher accidentally fell into RSF hands. The drones and mortar rounds seized came from Iran and other external forces. Those Iranian weapons were certainly not a new development. Bloomberg described last year how the SAF has so many weapons from Iran, they had to build a new hangar at the Port Sudan airport to house them all. In June 2024, the BBC reported on Iranian drones at a military site near Khartoum, explaining that Iran had sent Ababil-3 and Mohajer-6 drones. Iran’s has a longstanding goal to secure a foothold in the Red Sea. This goal has become more essential to Iran since their proxies in the region – Hezbollah, Hamas and the Houthis – have been weakened in recent years. The Red Sea’s importance, both in terms of global security as well as economic power as a shipping route, is behind Iran’s desire for a naval base in Sudan.
The entrenchment of the SAF in its resistance to peace seems in evident in the talks taking place this week in Washinton DC. They appear to be reaffirming what was said in Cairo, about SAF terms including “cantonment” of RSF soldiers—presumably confining them to camps, which would surely a deal-breaker for the RSF even before talks began.
The humanitarian toll in El-Fasher, and indeed more broadly in Sudan, has been immense. Understandably there are media commentators hoping that this recent defeat will bring the SAF into real negotiations, and bring peace closer. Sadly there is nothing in the past two years to indicate that the SAF and its allies, both Islamists inside the country and Iran beyond, will allow any real progress towards an end to the conflict.
(*) Willy Fautré is the founder of Human Rights Without Frontiers (Belgium). A former chargé de mission at the Cabinet of the Belgian Ministry of National Education and at the Belgian Parliament, he is the director of Human Rights Without Frontiers, a Brussels-based NGO he founded in 2001 after creating Droits de l’Homme sans Frontières/ Belgique. He is a co-founder of the Raoul Wallenberg Committee in Belgium.

