FRÈRES MUSULMANS : Un défi lancé à la démocratie française qui dépasse largement les rivalités politiques

Willy Fautré, directeur de Human Rights Without Frontiers (Bruxelles) *

Atlantico (19.07.2025) – Derrière les postures politiques autour des Frères musulmans se cache un enjeu bien plus profond : la préservation du pacte démocratique français. Implantation dans les mosquées, influence croissante dans l’éducation, le sport ou encore les réseaux associatifs : l’idéologie frériste poursuit une stratégie d’« entrisme » méthodique.

 

Vu de Bruxelles, il serait tentant de balayer d’un revers de mai le regain d’activité estival autour des Frères musulmans en France, en l’interprétant comme une simple manœuvre des élites politiques. Le but serait de se doter d’un avantage électoral, chacun s’efforçant de paraître le plus intransigeant possible sur le sujet. Il y a certainement quelques stratagèmes politiques en jeu ici. Néanmoins, la menace que pose « l’entrisme » des Frères musulmans est bien réelle, en France comme ailleurs.

Le président Emmanuel Macron souhaite faire passer de nouvelles lois d’ici la fin de l’été afin de contrer le mouvement. Gabriel Attal veut interdire le port du voile aux jeunes filles de moins de 15 ans. Marine Le Pen exige de « il faut nommer les choses, c’est une idéologie totalitaire, il faut aller chercher, dénoncer, débusquer, couper les financements, interdire les publications. » Il est clair que chacun tente de s’ériger en champion des valeurs françaises et en protecteur de la République face à la menace frériste. Par ailleurs, l’électorat français voit d’un œil favorable une ligne dure : environ neuf citoyens sur dix sont d’accord pour bannir les Frères musulmans, selon un sondage CSA réalisé pour CNews, Europe 1 et le JDD.

Même si des atouts politiques sont en jeu, la menace n’est reste pas moins grave et elle justifie d’agir. Le récent rapport du gouvernement français a identifié 139 lieux de culte affiliés à la fédération des Musulmans de France (anciennement UOIF – Union des organisations islamiques de France), considérée comme la branche française des Frères musulmans. 68 autres sont considérés comme proches du mouvement, soit 7 % des 2 800 mosquées de France, qui accueillent environ 91 000 fidèles parmi les 7,5 millions de musulmans que compte le pays.

Ces chiffres sont certes modestes, mais ce ne sont pas eux qui sont ici au cœur du problème. Comme l’indique l’ECLJ (European Centre for Law and Justice – Centre européen pour le droit et la justice, « l’enjeu principal se trouve dans le prosélytisme et la capacité d’influence croissante des Frères musulmans ». Autre exemple : le rapport du gouvernement français explique que l’idéologie des Frères musulmans est « une menace qui se propage de façon insidieuse et progressive » et qui sape la cohésion nationale par le biais d’une stratégie d’entrisme discrète et méthodique. Ce rapport du gouvernement identifie 280 associations en lien avec les fréristes, actives dans de nombreux secteurs de la vie quotidienne des musulmans en France.

La présence frériste est particulièrement évidente dans l’éducation et le sport. Vingt-et-un établissements scolaires, totalisant des effectifs de 4 200 élèves, ont été repérés comme liés à la mouvance. Questionné au sujet de ces affiliations, Amar Lasfar, président des Musulmans de France et fondateur du lycée musulman Averroès de Lille, avait déclaré en 2017 : « Nous ne faisons pas partie des Frères musulmans. Cela dit, nous sommes d’accord avec leur école de pensée ». En 2020, 127 associations sportives ont été reconnues comme entretenant des liens avec des mouvements séparatistes : à savoir, 18 groupes salafistes et 5 affiliés aux fréristes. Au sein de ces associations, qui comptent plus de 65 000 licenciés, les entraîneurs et les dirigeants mettent en avant l’identité arabo-musulmane et promeuvent les pratiques religieuses.

Les financements étrangers sont un moteur majeur des activités des Frères musulmans en France. Ces fonds ont alimenté indirectement les mosquées, les centres éducatifs et les instituts religieux, en particulier l’Institut européen de sciences humaines (IESH). Ils soutiennent une stratégie internationale qui englobe la formation religieuse, les initiatives de lobbying et le développement de réseaux financiers et éducatifs parallèles. Les transactions peuvent être légales sur le plan technique, mais qu’en est-il de l’influence idéologique à long terme et de la création d’institutions qui n’entrent pas dans le cadre de la vie spirituelle ? C’est moins la légalité des financements qui pose problème que l’alignement idéologique.

Bruxelles possède des informations supplémentaires sur la stratégie d’influence et d’entrisme à long terme des Frères musulmans. Le Conseil des musulmans d’Europe (CEM), basé à Bruxelles depuis 2007, régit la stratégie d’influence des Frères musulmans dans les pays et les institutions européens. Un autre de ses instruments clés est le FEMYSO (Forum of European Muslim Youth and Student Organisations), qui est d’ailleurs inscrit au registrede transparence de l’UE. En d’autres termes, ils opèrent à découvert, en plein cœur de l’Europe, mais échappent à une remise en cause ou à une surveillance adaptée.

Dans toute l’Europe, les services de sécurité expriment leur profonde inquiétude quant à l’influence des Frères musulmans, comme l’explique un rapport du programme de recherche « Program on Extremism » d’une université américaine, la George Washington University.

Les autorités belges scrutent de très près plusieurs associations qu’elles soupçonnent d’être en lien avec Frères musulmans. Un rapport confidentiel des services de renseignement daté de fin avril et cité par le quotidien belge francophone La Dernière Heure (La DH), daté du mercredi 9 juillet, décrit le Collectif pour l’Inclusion & contre l’Islamophobie en Belgique (CIIB) comme un « groupe de pression aux tendances fréristes ».

Un rapport britannique de 2015 sur les Frères musulmans, sous la supervision de Sir John Jenkins, a conclu que l’idéologie et les tactiques des fréristes entraient en contradiction avec les valeurs et les intérêts nationaux du Royaume-Uni et que le mouvement bénéficiait d’une influence disproportionnée par rapport à sa taille.

Le gouvernement britannique s’est dit déterminé à continuer à surveiller les activités et les déclarations des Frères musulmans, ainsi qu’à contrôler plus sévèrement ses activités de collecte de fonds sur sonterritoire.

Pour citer Youssef Ayed, dans son article publié sur le site de l’ECJL (European Centre for Law and Justice), « la question n’est pas de bannir l’islam, mais de résister à l’instrumentalisation politique de la foi musulmane, car cette instrumentalisation menace directement les fondements de notre démocratie. » Pour résumer, la France doit s’attaquer à cette menace si elle souhaite protéger la grande majorité de sa population de 7,5 millions de musulmans et les idéaux de la République française elle-même.

(*) Cet article a tout d’abord été publié en français par l’auteur le 19 juillet 2025 dans Atlantico