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Par Willy Fautré, Human Rights Without Frontiers

 

HRWF (29.05.2020) – L’Église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet n’est pas en odeur de sainteté en France et au Vatican. Depuis le 27 février 1977, date de son occupation par la force par des proches de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie-X, dont elle dépend officieusement depuis lors, cette église constitue le principal lieu de culte parisien du mouvement catholique traditionnaliste, aussi appelé intégriste. Des arrêtés d’expulsion ont été publiés mais jamais appliqués. La messe y est encore dite en latin et les nouvelles orientations de modernisation adoptées par l’Eglise catholique romaine lors du Concile Vatican II (1962-1965) y sont bannies.

 

Le Covid-19 a offert une occasion idéale à certains médias de discréditer cette église controversée mais leurs méthodes et leurs arguments posent question. Tout a commencé le dimanche de Pâques.

Effet boule de neige et surenchère médiatique

 

Dimanche 12 avril (Pâques), AFP-La Croix/ Covid 19 : une messe pascale clandestine en l’église Saint-Nicolas-du-Chardonnet (https://bit.ly/2ZDwSVT)

 

L’agence de presse AFP, reprise sans commentaire ou vérification, par le quotidien catholique La Croix, annonce sous ce titre: « Une messe pascale clandestine s’est tenue dans la nuit de samedi à dimanche à l’église traditionaliste Saint-Nicolas-du-Chardonnet à Paris, en présence de fidèles, et le prêtre a été verbalisé pour non-respect du confinement. »

 

Selon la dépêche,

 

  • quelques dizaines de personnes auraient participé à une messe dans cette église du 5e arrondissement de Paris, traditionnaliste et continuant à célébrer la messe en latin, malgré Vatican II
  • samedi soir, des riverains auraient alerté la police et les agents auraient entendu de la musique venant de l’église
  • à minuit, une personne serait sortie de l’église et aurait déclaré à la police qu’il y avait une quarantaine de participants à l’intérieur
  • les policiers ont pris contact avec le prêtre, qui aurait été verbalisé, selon une source policière non identifiée
  • la retransmission video sur YouTube montrait une trentaine d’ecclésiastiques et des enfants de chœur, tous sans masque et sans respecter la distanciation sociale
  • l’eucharistie aurait été distribuée de la main à la bouche à une dizaine de participants
  • aucun fidèle n’était présent dans l’église

 

Dimanche 12 avril, Préfecture de police/ Twitter

 

Ce jour-là, le compte Twitter de la Préfecture de police notifiait « cette nuit à #Paris05, un office s’est tenu dans une église malgré les mesures de confinement. Les policiers ont trouvé portes closes au moment du contrôle mais ont verbalisé l’autorité ecclésiastique ayant officié, après la messe ». Où et quand un prêtre aurait été verbalisé n’est pas indiqué dans le tweet.

 

Curieux message : Les célébrations, malgré les mesures de confinement, peuvent tout à fait se tenir dans les églises, à condition que les fidèles ne puissent y assister et donc… que les portes restent closes, ce qui était le cas à Saint-Nicolas-le-Chardonnet. Dans les cathédrales de toute la France, les offices de Pâques y ont été célébrés par les évêques portes fermées. De plus, il n’est pas dans les habitudes de la police française de faire une descente dans une église catholique, un temple protestant, une mosquée ou une synagogue.

 

Dimanche 12 avril, Le Point/ Messe pascale et clandestine (https://bit.ly/2ZGff7R)

 

Le Point reprenait les informations de la dépêche et déclarait en outre qu’une amende de 135 EUR avait été infligée à un prêtre.

 

On peut se demander comment une intervention policière pourrait être possible si les portes étaient fermées et comment la police peut infliger une amende à un prêtre non identifié à l’intérieur d’une église fermée.

 

De plus, Le Point affichait une video de l’intérieur de l’église bondée de fidèles qui était une photo d’archives et non pas la messe soi-disant clandestine du 11 avril au soir. De plus, ça n’était pas non plus une capture d’écran de YouTube.

 

Jean-Luc Mélenchon, leader charismatique d’un mouvement politique d’extrême-gauche, profitait de son passage à l’émission de RTL-TV de grande écoute « Le Grand Jury » pour crier haro sur les cathos.

 

Deux jours plus tard, Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, déclarait sur les ondes de France Inter : « J’ai été choqué par la tenue de cette messe. Je trouve irresponsable le prêtre qui l’a organisée ». Grosse erreur d’un ministre désinformé par une fake news mais personne ne le lui a reproché. On peut se poser la question de savoir s’il aurait réagi de la même façon, sans enquête préalable, pour une communauté d’une autre religion.

 

Mardi 14 avril, Le Progrès/ Messe clandestine, les intégristes à l’amende (https://bit.ly/3es37eW)

 

Ce journal ajoutait que lors de l’arrivée de la police, à une heure non indiquée, les portes étaient fermées, les participants s’étaient éclipsés et n’avaient donc pas été verbalisés.

 

Mardi 14 avril, Valeurs Actuelles/ Saint-Nicolas-du-Chardonnet, « fake news » et coronavirus : les médias en pleine crise de mauvaise foi (https://bit.ly/3grxDqN)

 

Le Père Danziec, chroniqueur à Valeurs Actuelles, déclarait que :

 

  • sur le site paroissial de l’église, il était indiqué depuis le début du confinement que les fidèles n’ont plus accès aux offices et qu’ils seraient retransmis sur YouTube
  • cette vigile de Pâques n’était pas « clandestine » mais a été célébrée à 22h30 dans l’église et  retransmise sur YouTube (26,000 vues en date du 14 avril)

 

Mercredi 15 avril, Le Point/ Messe clandestine à Paris : les policiers priés de repartir (https://bit.ly/2M1WzY5)

 

Trois jours plus tard, Le Point revient à la charge avec un article au titre accrocheur « Les policiers priés de repartir », donnant l’impression que les policiers ont été chassés des lieux alors qu’ils n’avaient pas pénétré dans l’église. Dans l’article, il est quand même indiqué qu’ils sont rentrés au poste sur ordre de leur hiérarchie, la préfecture de police, un geste de mansuétude bien incompréhensible à ses yeux. Un gros titre trompeur et avec une intention stigmatisante.

 

Sans preuves, l’auteur de l’article fait d’autres accusations et insinuations, qu’il est le seul à exprimer, renforçant la stigmatisation:

 

  • la présence de fidèles pendant l’office, une contre-vérité puisqu’il n’y en avait pas
  • des déclarations de fidèles faites à la sortie aux policiers, une autre contre-vérité puisque les agents n’ont pas parlé aux participants
  • la mansuétude « inexplicable » à ses yeux de la police à l’égard de ces fidèles inexistants, comme si la hiérarchie de la police était laxiste
  • la préfecture de police affirmant au ministre de l’Intérieur que « les participants avaient quitté l’office par d’autres sorties » et avaient donc échappé à leur vigilance, un fait non avéré et une supposition sans preuve.

 

Plus grave, l’auteur de l’article revenait sur la video affichée sur le site du Point qualifiée de « sidérante », comme preuve de la violation des règles de confinement, alors qu’il savait pertinemment bien que ce n’était pas une video du culte de Pâques.

 

 

Quels sont les faits ?

 

Les vraies images diffusée par l’église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet parlent d’elles-mêmes

https://twitter.com/MichelJanva/status/1249449549661450250
https://www.lesalonbeige.fr/une-messe-denoncee-par-des-voisins/

 

De plus, le commentaire indique clairement que l’abbé Petrucci n’a pas été verbalisé.

 

Le samedi soir, des riverains de l’église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet ont entendu de la musique et des chants venant de l’intérieur du lieu de culte et ont alerté la police. Des agents se sont présentés mais les portes étaient closes. Comme il n’y avait rien à signaler, ils en ont informé la préfecture, qui les a rappelés. A l’intérieur de l’église avait lieu une célébration de de vigile de Pâques, uniquement avec des membres du clergé et sans fidèles, avec une diffusion en direct sur YouTube. R.A.S.

 

Des médias français très connus n’ont pas hésité à mettre au pilori une communauté catholique, sans preuves claires et solides, parce qu’elle est traditionnaliste et dérangeante. Ce n’est bien sûr pas une raison pour l’accuser de délits imaginaires. En outre, comme elle pose problème à l’Église catholique romaine, il ne fallait pas s’attendre à ce que les médias catholiques établissent les faits réels.

 

Ces médias français

  •  ont reproduit une dépêche AFP et un article biaisé de Le Point, sans enquête et sans vérification
  • n’ont pas contacté un porte-parole de l’église de Saint-Nicolas-du-Chardonnet pour avoir leur version des faits
  • n’ont pas interviewé l’abbé Petrucci
  • ont utilisé un vocabulaire stigmatisant concernant des faits non fondés : messe clandestine, une église bondée de fidèles, mansuétude inexplicable de la police, video sidérante, etc.
  • ont fait circuler une fausse video de la messe de vigile de Pâques dans cette église
  • ont ignoré ou passé sous silence les captures d’écran diffusées par la communauté incriminée prouvant le respect des mesures de confinement lors de célébrations religieuses
  • n’ont jamais mis en doute l’authenticité des dites captures d’écran.

 

Dans un article antérieur, HRWF a souligné le même manque de respect de la déontologie journalistique concernant une communauté évangélique à Mulhouse qui fut traitée en bouc émissaire de la pandémie dans la région du nord-est de la France. Voir https://hrwf.eu/france-covid-19-scapegoating-an-evangelical-church-in-mulhouse/

 

 

 

HRWF ne défend pas des religions ou des philosophies particulières et n’a de position sur aucune théologie spécifique. HRWF défend le droit d’une personne à avoir les croyances de son choix ou de ne pas en avoir et de vivre ce choix tel que le garantissent l’Article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme (1948) et l’Article 6 de la Déclaration de l’ONU sur l’élimination de toute forme d’intolérance et de discrimination basée sur la religion ou la conviction (1981).

 

 

 

 

 

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